Les
PoèmEs

d’Els Moors, Poète*sse de Belgique de 2018 à 2020. 

halte ! laisse-moi pleurer et penser à toi

mes chameaux délaissés mugissent sous

les éclairs fulgurant au désert

le vent attise les feux que j’ai abandonnés

près de ton corps brûlant tu m’es

plus cher que tout l’or que je

possède mais sans ton amour mon

plaisir est devenu un serpent cruel

il agite la queue commande

chaque pas entre camomille et jasmin

m’éloigne de toi

toi qui me contrains à cet oubli

je prie je bois je chante je brûle

dans l’œil de mon chagrin pendant que

les fleurs près de l’abreuvoir

où se reposent les chameaux

endurent calmement les lentes journées

mon corps ne m’instille

qu’angoisse comme une tente pleine

d’entrailles vides fuyant

devant le danger qui comme

un tuile tombe du ciel mon amour

où quand vais-je te retrouver

comment pourrai-je alors attendrir

ton cœur glacial pour toi je suis une

vague dans le vent une étoile dans la mer

une montagne dans le désert le clou

qui avec gratitude reçoit les coups

_
Traduction : Pierre Geron, Danielle Losman et Katelijne De Vuyst.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.
Avec le soutien de l’Accord de coopération culturelle entre les communautés falamande et française.

 

je ressens un grand désir de

jeter aux ordures cette vieille année

j’éprouve encore les bords coupants de son été

et toutes ses autres saisons

à la fin de toute chose un humain

reste simplement un humain

et ça vaut aussi pour moi –  désarmée

prête dans cette lumière d’hiver embrumée

à céder à l’apocalypse

qui persiste aussi longtemps que nous

ne parvenons pas à sauver un seul être

quelconque Ici et maintenant

je te souhaite des oiseaux mon amour

des fleurs des moulins à café tout

ce qui peut faire grincer

tes désirs vains et je t’enlève volontiers

le dernier petit reste d’espoir

de ton bonheur privé un avion en acier

avec à la fin de tout ça véhémente

capitaliste et frivole la mort

dans l’année jazzy et vide qui

nous attend à nouveau seule et de façon entièrement personnelle je serai

en ton nom courageuse promis


_
Traduit par Pierre Geron, Danielle Losman et Katelijne De Vuyst du Collectif des traducteurs bruxellois.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.
Avec le soutien de l’Accord de coopération culturelle entre les communautés falamande et française.

 

À la fin du mois d’août, notre Poète Nationale, Els Moors, a séjourné à la Letterie, à Ostende. Elle y a côtoyé quelques écrivains, « échoués » sur la côte belge le temps d’une résidence, ainsi que son successeur, Carl Norac. Carl, fraichement installé à Ostende, leur a proposé ses premières impressions de la ville balnéaire en photos et celles-ci ont inspiré les écrivains résidents. Ce séjour a donné lieu à un « Gesamtkunstwerk », une œuvre d’art totale, en allemand. Ce nouveau poème, « Leçon de vol » en fait partie.



voici la rumeur de la mer mais dans cette ville
en mémoire des vagues qui échouent sur la plage
résonne toujours d’abord le chant rond des mouettes
allant d’un sifflement affolé sur

un vent invisible battant la mesure
jusqu’à l’absorption ou l’expulsion momentanée
de vagues notes aiguës refusant bec et ongles
tout accord ces cris

irréguliers entonnés d’aigu en grave
comme un soufflet imitant ainsi
les braillements du vent ont l’intention
de prévenir ou d’informer le passant

songeur et réfléchi par nature
du fait qu’il se trouve
à l’orée d’un domaine maritime
aux confins lointains

les mouettes sont les gardiens blancs de ce
domaine elles paradent omnipotentes et pieds nus
sur des frontières qu’elles seules maîtrisent
et contrôlent en s’envolant

et en se posant dans des couleurs claires
pures et d’un regard sans ambiguïté
je vis ainsi un matin un groupe de
cent mouettes sur la plage

immobiles et silencieuses juste là où dans leur pâleur matinale
les moutons d’écume tentaient un instant
en un fracas périlleux de s’accrocher l’un à l’autre puis
s’abattaient dans le sable si bien que les mouettes

de mon point de mire semblaient avoir succombé à tant de violence
muettes tenant bon dans ce poitrail inerte on aurait cru
des statues il fallut le passage d’un promeneur pour qu’elles
s’envolent se déploient de nouveau sur quelques mètres à peine

et elles reprirent place ne volant jamais
plus haut que nécessaire et cette fois poussant
à peine un cri et se taisant unanimes
je le sais après ce bref bain de soleil elles planeront

aussi bien bruyantes et à grands battements d’ailes en
un clin d’œil vers d’autres latitudes
sans réellement bouger et
elles se seront vues tomber de haut

sans se blesser les raz-de-marée
ne les auront guère emportées
bien loin vois la mouette qui
en battant des ailes demeure là haut

où l’air manque et vois l’air mouvant
au-dessus de chaque mer qui gonfle les voiles bombées
qui pousse sans peine des navires aux cales pleines
quiconque paré d’ailes assez grandes et bien

arrimées aura donc un jour
appris à vaincre
la résistance à conquérir
et dominer l’air et ainsi à prendre de la

hauteur



Traduction : Pierre Geron du Collectif des traducteurs bruxellois.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.
Avec le soutien de l’Accord de Coopération culturelle entre la Communauté Flamande et la Communauté française.

500 ans après la mort de Léonard de Vinci, le Festival Musica Divina met à l’honneur cet Homo Universalis. A la demande de l’aile poétique du festival, Poesia Divina, la poète nationale Els Moors a écrit un psaume sous la devise : ‘de klank van Da Vinci [le son de De Vinci].

Le poème se veut presque une interprétation libre de la lettre que de Vinci a écrite à Ludovico Sforza, dans laquelle il fait principalement l’éloge de ses propres arts de la guerre. Ce n’est qu’à la fin de cette lettre qu’il mentionne qu’il peut faire n’importe quoi dans le domaine des arts. D’où le choix du titre : « En poésie, je peux faire tout ce qu’il est possible de faire ».

Ce poème sera présenté en live pour la première fois, cet après-midi à 17h00 à Poesia Divina à Herentals. Vous trouverez tous les détails pratiques ici, la représentation est gratuite 

psaume en poésie je peux faire tout ce qu’il est possible de faire

(adaptation libre de la lettre de motivation de Leonardo Da Vinci à Lodovico Sforza, comte de Milan, écrite en 1482).

 

en temps opportun avec plaisir je démontrerai

toutes choses concrètement et mes secrets révélerai

sans vouloir faire injure à personne j’ai examiné et étudié

l’ordonnance et le fonctionnement des machines existantes

mais celles-ci ne diffèrent en rien de celles communément

en usage et j’ai les moyens de construire des ponts

prodigieusement légers et solides faciles

à transporter que tu me poursuives ou me fuies

et encore d’autres plus solides et qui résistent au

feu ou à la frappe et forgés dans le matériau inaltérable

du désir et du désespoir devant ta beauté

qui est éphémère la douceur haletante de ta peau

et je sais lorsque ton cœur est assiégé, de quelle façon sécher

tes larmes et de quelle façon confectionner toutes sortes

de compromis de mots prudents d’engins d’escalade

et d’autres choses propices à cette fin et si ton

corps assiégé ne peut être dompté par ces canonnades

en raison de la hauteur des berges du chagrin ou

la position stratégique de ton existence solitaire alors

j’ai des moyens pour détruire chaque bastille chaque bastion

même si ceux-ci sont construits sur le roc dur de

ton incroyance j’ai aussi divers canons très

faciles à transporter qui décochent les plus douces

déclarations d’amour de telle sorte qu’on dirait bien

une volée de grêle et la musique qui les accompagne

produira chez l’ennemi une grande angoisse et

mes mots causeront lourdes pertes et

désarroi – j’ai des moyens pour sans bruit

creuser passages souterrains et tortueux couloirs secrets

de façon à atteindre ton âme et même au besoin

creuser sous un fossé ou sous un fleuve de toutes

les larmes du monde je ferai des pensées cuirassées

résistantes à tout assaut dont l’artillerie

disloquera les rangs de l’ennemi et que nul

aussi puissant fût-il ne pourra arrêter

et derrière lesquelles tous ceux qui

comme moi veulent aimer selon la vérité du bonheur

pourront avancer parfaitement indemnes et sans

rencontrer de résistance je ferai des pièces d’artillerie et

des mortiers et des canons légers beaux et pratiques

de facture et tout différents de ceux du genre courant

et si ces bombardements au nom de mon amour

s’avèrent impuissants je concevrai des catapultes, des balistes,

des chausse-trappes et autres appareils prodigieusement efficaces

qui ne sont pas d’usage courant et si la bataille

a lieu en mer alors j’ai toutes sortes de machines

offensives et défensives extrêmement adéquates et des navires

résistants aux canonnades soutenues de l’explosif et des

fumigènes : en un mot ces temps houleux qui veulent

à jamais toi mon amour te séparer de mon amour

 



Traduction : Danielle Losman, het Brussels Vertalerscollectief
Met de steun van de Nationale Loterij en haar spelers, met dank aan het culturele samenwerkingsakkoord tussen de Vlaamse en Franstalige Gemeenschap

 

Greta Thunberg a réveillé les dirigeants du monde lundi dernier (23.09.19) avec son discours enflammé sur le climat au sommet des Nations Unies à New York. L’activiste suédoise pour le climat est depuis longtemps une source d’inspiration dans la lutte pour des mesures climatiques plus strictes, en particulier chez les jeunes. Cette année, des étudiants ont afflué dans les rues pour réclamer une politique de lutte contre le changement climatique, encouragés par les premières séances d’absentéisme de Thunberg. Cela n’a pas échappé à notre Poète Nationale, Els Moors : elle s’est inspirée, pour sa chanson de protestation, des slogans vus lors des différentes marches à Bruxelles. Sa chanson a été reçue avec un tel enthousiasme que des traductions spontanées ont été proposées – comme la traduction française du futur Poète National Carl Norac – de sorte que « Hoe heter hoe beter » devient aujourd’hui un poème national officiel.
Écoutez la chanson sur le climat en live!

Entre-temps, une version africaine de la chanson de protestation a vu le jour. Celle-ci, intitulée «Dis heet dis sweet», est l’œuvre du multi-instrumentaliste Frazer Barry, actuellement en tournée aux Pays-Bas. Ce jeudi 26 septembre, il sera l’invité d’Els Moors à la Soirée du roman africain, une organisation de la Semaine du roman africain et deBuren. Il y interprétera sa version de la chanson avec le percussionniste Deniel Barry ! Outre Frazer Barry et Els Moors, Dirk Elst sera également présent. C’est lui qui, en collaboration avec Els et Lieven Moors, a composé la chanson originale «Hoe heter hoe beter». Vous pouvez déjà écouter les deux chansons sur le site web de la VRT.

 

Sur la mer de plastique ces voitures flottant

vers les planètes chaudes, malade je la sens…

… je la sens la fièvre d’amour

Je la sens la fièvre du feu

Je la sens la fièvre de ma mère

Plus aucun arbre sur sa plage

n’est à l’abri de l’eau qui va

ici-bas s’en vient où elle veut…

Soyons plus chauds que le climat, que l’air !

Et dans la rue aussi: hoe heter hoe beter !

*

La mer n’y est pour rien si demain elle s’éteint.

Un nouveau chimpanzé d’ici peu, juste après je suis dieu.

Je la sens la fièvre d’amour

Je la sens la fièvre du feu

Je la sens la fièvre de ma mère

Plus aucun arbre sur sa plage

n’est à l’abri de l’eau qui va

ici-bas s’en vient où elle veut…

 


Traduction par Carl Norac
Met dank aan de Nationale Loterij en haar Spelers.
Met de steun van het Cultureel. Samenwerkingsakkoord tussen de Vlaamse en Franse Gemeenschap.

 

Le réalisateur Dominique Henry et la Poète Nationale Els Moors ont collaboré autour de la création d’un documentaire mettant en lumière le canal Charleroi-Bruxelles et celui de Willebroek. Dominique a entrepris ce voyage, inspiré par l’idée du Tour de Belgique réalisé par Els et Laurence Vielle. Ce septième poème de notre Poète Nationale résulte des pérégrinations le long des canaux belges et se pose, en quelque sorte, comme la bande-annonce du documentaire.

 


La surface métallique de l’eau couleur de plomb

qui danse, clapote, lourde comme un animal à l’agonie.

La réalité qui émerge comme un signe de mauvais augure

comme un navire à travers un épais brouillard.

Lentement monte en moi, ce qui me remplit

d’effroi, la pensée d’un esprit tout comme le mien

capable de tout, qui détient la totalité du futur

et la totalité du passé tout comme

le regard tourné vers l’intérieur de ceux qui suivent

l’eau. Tandis que des oiseaux clairs chevauchant le vent

volent au-devant de la lumière cachée, cherchant refuge

sous un pont, sans même interrompre le flux de la durée

ou la durée du flux, chaque rive, pour le regard d’un

chercheur solitaire, continue à flotter entre recto et verso,

perspective ou horizon, jour ou nuit, rêve ou veille,

lointain ou proche, au point que le paysage coupé en son milieu

semble finalement figé : un masque, lourd comme la porte close

d’une prison, qui témoigne d’un savoir caché, d’une attente

patiente, d’un silence inaccessible,

une lenteur déchantée des choses, ou un souvenir.

Un navire en détresse qui ne se laisse plus

ramener au port, cet endroit aussi fut un jour empli de ténèbres.




Traduction: Danielle Losman avec le Collectif bruxellois des traducteurs.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.

 

Écrit à l’occasion de Yser 2018, organisé par VONK&Zonen, en commémoration de la Grande Guerre.

 

mort tu es plus belle

que la fille d’ambre

qui sort ici de l’ombre

son visage capte

la lumière mais

ton sourire mort

comme une sourde mélodie

guette et veille

sur tous les visages que je vois

et chaque fois je m’étonne encore

à quel point tu toucheras chacun

à quel point ta loi d’airain

dévore les ténèbres les plus drues

à quel point tout cri infime inentendu

trahit ta faux

à quel point sous ton regard dévoué

et contre ton flanc livide

nul jamais plus ne trouvera le sommeil



Traduction: Pierre Geron, Katelijne De vuyst, Bart Vonck & Danielle Losman du Collectif des Traducteurs bruxellois.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.

 

Ruisbrousse. Un manuel pour la Forêt de Soignes est un projet développé par le Poète National, Poëziecentrum et Projet Horizon+. La Poète Nationale Els Moors, accompagnée de l’écrivain et musicien Dirk Elst, se sont immergés dans la Forêt de Soignes. Leurs expériences et enregistrements sonores ont constitué la source d’inspiration des poèmes d’Els. Le manuel fournit des informations sur les projets développés par Horizon+ telles que les portes d’entrées ou les corridors naturels qui renforcent la forêt et les zones environnantes.



démesurément profonde

et haute outre mesure

et longue et large

je me sens comme

flottant au hasard dans l’ampleur

du vent

aspirée

vers un commencement

ne trouvant rien

qui n’ait déjà

ailleurs voulu naître

à la vie

fracassée par

une pure lumière

aveugle

je suis

sans image

reposant

dans tout ce qui

indivisible coule

de par le monde

L’union que l’homme spirituel sent avec Dieu, lorsque celle-ci se révèle à l’esprit comme étant sans fond, est profonde, haute, longue et large, et tout cela sans mesure. Dans cette révélation, l’esprit se rend compte que, grâce à l’amour, il s’est immergé au-delà de lui-même, dans la profondeur, qu’il est passé au-delà de lui-même en hauteur, et qu’il s’est échappé à lui-même dans la longueur. Il se sent égaré dans la largeur, habitant une connaissance inconnue. Il se sent encore s’écoulant au-delà de lui-même dans l’unité, à travers le sentiment de l’union et de l’adhésion à Dieu, et à travers une mort totale qui le fait trépasser dans la vie vivante de Dieu, là où il sent qu’il est une seule vie avec lui.

De : La pierre brillante. Les sept clôtures. Le sept degrés de l’amour. Livre des éclaircissements,
p.58-59, Jan van Ruusbroec, ed. Abbaye de Bellefontaine, Bégrolles-en
Mauges, 1990, vert. Louf, A.

Ci-dessous vous pouvez lire la suite des poèmes d’Els Moors. La publication complète, Ruisbrousse. Un manuel pour la forêt de Soignes, est disponible ici.

Ici, vous pouvez écouter la pièce radiophonique de Dirk Elst et Els Moors. Vous pouvez lire la version anglaise du livre ici.

 

tandis que je me promenais

je déplaçais mon pas

je marchais en moi et avec moi

mon corps avançait

 

et tout ce que je savais ou disais

était prévu pour

être

dans cet être à moi

 

le soleil versait de la lumière

en cercles sur le sol

et les ombres de feuilles

y tissaient des motifs qui veillaient

 

tout éveillée je rêvais

mon enfance tant que je pouvais continuer

à devancer mon pas j’allais être la première

à moi qui arriverais

 

ce n’est qu’au moment où fatiguée

je me suis oubliée que j’ai découvert

la force la fragilité de ce qui

sans moi

 

s’était avancé


 

le soleil s’est posé dans le soleil

la lune est posée dans la lune

et chaque étoile bondissante efface comme  balai de sorcière les traces dans les lits

 

où ignorante je vais dormir

 

le monde bat une triste mesure saccadée

et fuit ce qui le bloque

montre en bâillant sa bouche séculaire

affamée de ce qui nous dévore

 

il n’est pas encore trop tard ! ce même vent

qui furieux chante à travers les arbres

libère d’un souffle le papillon pris de vertige

attise dans le feu de la solitude

 

mon propre lent battement d’aile

si bien que je reste à ses côtés

 


 

écoute chanter un

merle fatigué

résonner entre des arbres frêles

le bruit de métal

tonitruant

ce qui est vulnérable

c’est ce qui vibre

sur les cordes du

premier instrument

je ne sais ce que c’est

mais tous mes rêves les plus fous

au son de cette unique mélodie

 

se laissent apprivoiser

 


 

je cherche un silence qui soit lent

complexe comme l’habitat

de la poule d’eau du héron

du poisson et du canard et sur une

rive les dernières couleurs

qui s’enflamment le soir

parmi les ombres

 

le mauve et jaune

d’été des plus hautes

fleurs le rouge vénéneux

de l’arum

flétri de-ci de-là

éparpillé le long du sentier

 

personne qui n’ait rien

à chercher ici

si je pouvais désentendre

mes traces

si je pouvais rendre plus tendre

cette attente

 

je pourrais ne pas voir

ce que j’écris

 


 

devant les eaux agitées du carwash

le danseur du signe sinistre

une bouche pleine de fringale

 

attend

 

le big bang

 

quand une tortue à l’agonie

fend l’espace aérien

un papillon vole dans un vent bienfaisant

attisé par des larmes

 

lève tout ce qui est pâle

les talons blancs

en vain la liberté scandée

par un homme

 

d’une colombe qui roucoule

les maraudeurs de miel

aux lèvres

de fleurs redevenues sauvages

 

les joues pleines

le gain

brandit sous peu

 

le grand attrape-papier

jette le soleil au soleil

la lune à la lune

 

et le dernier homme

à la dernière

étoile qui bondit




Traduction: Pierre Geron, Katelijne De vuyst, Bart Vonck & Danielle Losman du Collectif des Traducteurs bruxellois.
Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.

 

Ce poème est inspiré des dernières paroles du Christ « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font », de leur interprétation par Haydn et de la nouvelle Lenz de Georg Büchner. 

 

je veux mourir dans ces montagnes

mais je marche encore

sur la tête

les orteils dans la brume

ce bois glauque tremble sous moi

et si je pouvais mettre la terre trempée près du poêle

pénétrer les tempêtes

du cosmos un jour tout absorber

la bouche grande ouverte

je me pencherais en avant
mais quand je m’allonge la terre
me fuit infime comme une étoile errante

elle disparaît

dans un grand courant

 

_
Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.
Ce texte, sans titre, est le premier d’un cycle inspiré des sept dernières paroles du Christ qui sera porté sur la scène du Théâtre aan Zee d’Ostende pour la première du spectacle, le vendredi 3 août.

 

Dans le cadre de Dichter bij Beeld Middelheim, autour du travail Baigneuses, de Luciano Fabro.

 

nous y entrions jusqu’à nos draps blancs

pas plus loin nous ruisselions devant le monde

comme une pierre flotte dans de l’eau

qui se ride

et chaque fois quand venait le soir

nous nous mettions sanguinolents

à pourrir

ce qui au matin nous faisait vivre

la lumière qui un jour nous a invités à ce jeu

prise elle-même de nausée a déjà fermé les yeux

jusqu’à la disparition dans l’écume du vide

de la plus ténue des lumières

je me vois encore là effondrée

dans l’étendue de cette eau

si sombre s’éloigne

de nous l’été

ah je n’arrêterai pas le temps

qui chaque fois jette à nouveau

ici dans cette eau noire

son regard curieux

et votre visage aussi qui réflète

ce que veut le mien

je ne veux pas le bannir

de mon existence futile mais bien balisée

jusqu’à la taille je continue

à exister dans votre pesanteur et

aujourd’hui aussi je m’amarre

une fois encore dans vos profonds étangs

et que chante l’éternité

cette puissante lumière d’automne

une mélodie brumeuse

qui met fin à tout

je frissonne alors

ou me laisse trembler par vous

tant qu’avec vous

je doive mourir



Avec le soutien de la Loterie Nationale et de ses joueurs.

 

ma ville est de la lune
de corona et d’havane et de s’endormir
seul de l’autre côté du parc
où les cygnes rigolent

de l’avion qui décolle
du sac poubelle du passe-plat
de la brasserie d’addictions
qui alimentent les caisses de l’état

de suie sur les appuis de fenêtre
d’enfants perdus qui se
nourrissent de baies de goji  de kola
et attendent toujours un tram entre

les tours rongées par le vent
du spectacle médiatique jusqu’au prochain désastre
de femmes qui ont pris nasale en bouche
la langue du conquérant

mais qui apprend à nos filles à parler
nu pas souillées par le capital
les lave-vaisselle mixers supermarchés
qui connaît les quinze façons

de manger une orange
ne me regarde pas dans les yeux je porte du gucci
ma ville est un frappe-et-court
d’abord du soleil d’une brise glaciale ensuite

si je me demande sous quel jour
je veux me manifester
je prends l’ébauche du sourire
que j’avais jadis gardé pour toi

et le distribue à la ronde sans compter



Traduit par le « Collectif des traducteurs de Bruxelles »

 

1


مدننا هي في المطر عند سقوط الرماد

يعيشون في العاصفة مثل الضحك الرنّان

 
في هذه الزاوية من الشارع نبني الدار

 جَرَى انقسام الجدران

 
جارنا صديقنا

  تسمم الكلب بازئبق البلوط

 
الممتلكات التي تساوي  قيمة المُمْتَلِك

 ألا شجار في محيطنا تظل طَرَشًا لأي طلب ظالم

أخضر في فصل الربيع مثل وسم الحيوانات الصغيرة

يقفون مُصْفَرّ كجريمة في حَقْل بذور اللفت

 

 
تاريخنا هو تَوْثِيق مُسَيّر بلبلْبلة التي ولدت من الوقحة

من الأشخاص المهمين والأشخاص أقل الأهمية

استغلال الضوء الحر

في إعْتِبَار  الناس المُجْبر ين

الإيقاعية المرْجوّ من أَناشِيدنا

عصير من ألياف الورق


2

 
في البيوت مثل بيوتنا النزاعات القبلية تصارع بِالمَقْلُوب

 
لتسلق على تَلّ  فحم يكفي أن

١ أن تغمض عينيك و ٢ أن تسْتحْضر ولادة تَلّ في ذِكْرياتك

 
  نتمنى لمدينتنا حيوانات مرسومة على الجدران التي تجلب حظا سعيدا لسكاننا الذين ينامون في الخيام

ابن الشرطي الدي يراقب عدد الدقائق التي يمكن لنا خلالها الوقوف بدون اتهام بالغوغائية

 
مدينتنا هي سافانا

وكدلك عتزل مرارا وتكرارا أجيال عن أجيال

لا يمكن هدم المنازل والمصانع

تدفّقات النقود مثل الماء من الباب الخلفي

 
وهو الذهاب والاياب  الوافدين الجدد الذين يختبئون عن بعضهم البعض

   هناك دائما أحد في المنزل في مكان حيث لا يمكن الاِكْتشف عنه أو عنها

 
3

 
في بيوتنا يستمر الشفق

عندما نرفع الحجاب نختفي في حزن ضوء أراضينا البعيدة

نسقط بين التجاعيد الزمن

 
بينما التقطت أطفالنا من باب إلى باب با طريقة الساحر الفئران المحجوب

 
 تجسس عنهم  اسْتِعْراء بعد المدرسة في الغابة ليست بعيدة عن هناك

 يتجمعون في الشارع لمشاهدة التلفزيون الوحيد
عبر نافذة الجار

 
قدوة مهاجرينا فضض النوافذ بواسطة التعليق دنْتِيلا

 
في مدننا با الطرق المتقاطعة والتَّعابُر

 شمسنا تنقش  كل المحاور المكانية والزمنية

الانتقال من مكان إلى آخر

ليس أكثر تعقيدا

 
كا وضع جسر فوق المسارات

 
بشرط أن نعلم كيف نتلقى

 الضوء باجانبين وجهنا الغريب


4

 
نحن نعيش في منازل التي تمتد مثل أحواض الاستحمام كل شيء له معنى وهو جزء من قصة

 
 بينما الأب والأم يرفرف عبر المنزل مُتَأَخِّر

 
ابننا يتكئ على الجدار مثل الكازاخستاني فخور من لَوْح كرتونيّ

في الليل الزهور تزدهر مثل الفتيات من النوافذ

 
كل شيء على مستوى العين أو أقل بقليل

 
لدينا ملاك يركز علينا

امرأة تقول أنا سأريكم كيف تموت نساءنا

 
هل تريد أن نحرك الجسر؟

كذلك يترجم نهر نا شخيلت مثل الحلزون

 
بينما شعراءنا تجهّمت وجوههم بطريقةٍ عسِيرة

سائقي شاحناتنا يزرع البطاطس على الزَفّت

نرسل إلى أهْلِنا صور الفراشات على غطاء المحرك السيارة


5

 
لم توقفنا عن الذهابا والايابا مثل دب في قفص نحن نعيش في القوارب كما في سيبيريا على مواقد النار كبيرة

 
طرق أخرى للبقاء دافئا عناصرين التدفئ أمام وخلف تَنُّورَةٌ أمي

الأب والأم يقتربا، وضع أنفسهم، أمام مو قد النار، رفع ملابسهم، عرض بعضهم البعض بطونهم العارية

 
قبطان سفينتنا يبقى في الأعلى ويشاهد الأغنام محبطا لآنه غير قادر على هذا

 الترتيب: أن يحب-أن يقتل- أن يأكل

 
بحّارة سفينتنا يغنيان حتى الفجر

 بالخطأ يسلقنا التل بالدراجة النارية الصغيرة

 
بعد ذلك العجلة الأمامية ستمرت الدوران في الهوى مهْجورة

 
سقطن على الأرض ينظرنا إلى النجوم ويفكرنا في الزجاجات بِيرة المقبلة التي تجد في الثلاجة

 
رسامونا ينطلق من فكرةٍ ثم يستسلم أنفسهم إلى متطلبات الجاذبية

للتمييز بين الحمأة والطين

ترفع السفن باستخدام المصاعد

 
6

 
هل تريد أن تعرف أين نعيش

 
نحن نعيش في قرب وعلى مدى ميوز

  نحن نسبح على التلال مع أصدقائنا

 
كان زمانا حيث كن لم نخجل عن فقرينا

 
كانت هناك ثلاثة أنواع من مربى الفاكهة على الطاولة

برقوق كشمش والراوند كلهم صناعة مَنْزِلِيّ

 
كان الأب صوتا

الذي كان يخاطبنا عبر جميع كتبنا


7

 
عند أقدامنا هناك ماء

 
وعند أقدام الماء هناك سكة حديدية

 
وعند أقدام سكة حديدية هناك محطة للطاقة النووية
وعند أقدام محطة للطاقة النووية هناك أكوام كبيرة من ورق تنتظر

أن يأتي التقطهم

فجأة يبدو لنا الضرورة  التحديد الحظة حيث يتم تحويل الهندباء

 
عندما تصبح كرة من زغب

هناك مرحلة في ما بينهما

 
لدينا جميع الموهبة لجمعنا

 
 أطفالنا يستمر واقفين صامدين

 
ولكن ليس هناك سبب لنفرح

يجب أن يختبئ في المنعطف المقبل

وان يبين أسنانهم سواء كان ذلك مناسبا أم لا

في الصباح وفي المساء نعزف بعض الحبال على غيتار أعرج

نحن نوضح أننا موجودون وأننا مشغولون بفناء

 
8

 
كنا في كل مكان

وقررنا أننا لا نستطيع البقاء في أي مكان آخر

 
هذا هو المكان الذي نغرق جذورنا في الأرض

 
نعم نريد البقاء

 
مثل الخشخاش أحمر ودموي و لعوب طائش و مليئ بالحيل

 
مثل الصياد الذي يحفظ الطعم في فمه لسنوات

شبابنا يتغذى في المربع بالمربع و البيرة

 
في وعاء من الحليب

 
نبقى نشْتهِي إلى الكلمة الأصِيلة

 
نحن نتوسط بين الأخدود

وكيفية الهروب

نجهل الحدود

في مملكتنا الوهمية

 

1.

nos villes sont sous la pluie quand tombent les cendres
elle vivent sous la tempête comme un rire aux éclats

à ce coin de la rue nous édifions la maison
a lieu un dédoublement des murs

notre voisin notre ami
a empoisonné le chien avec le vif-argent des glands

propriété équivalente à la valeur du propriétaire

les arbres de notre paysage restent sourds à toute demande inique
verts au printemps comme le marquage des jeunes animaux
ils se dressent dans un champ de colza jaune comme une infraction

notre histoire est un enregistrement orchestré du chaos né des goujateries

de personnages plus ou moins importants
l’exploitation de la lumière libre

aux yeux des gens pas libres
la nécessité rythmique de nos chants

extraite des fibres du papier

2.

dans les maisons comme les nôtres les querelles tribales
se vident en marche arrière

pour grimper sur un terril il suffit de
1. fermer les yeux et 2. se rappeler la naissance d’une colline

nous souhaitons à notre ville des animaux sur des murs tagués qui portent chance à nos habitants qui dorment sous des tentes
le fils d’un policier qui veille au nombre de minutes pendant lesquelles on peut s’arrêter sans qu’il s’agisse d’un attroupement

notre ville est une savane

et c’est ainsi qu’une génération toujours s’éloigne de l’autre
maison et usines ne peuvent être démolies
l’argent comme l’eau s’écoule par la porte de derrière

c’est un va-et-vient de nouveaux venus qui se cachent les uns des autres il y a toujours quelqu’un chez lui à un endroit où il ou elle ne peut être découvert

3.

dans nos maisons dure le crépuscule

quand nous soulevons le voile nous disparaissons dans la mélancolie de la lumière de nos pays lointains

nous tombons entre les plis du temps

tandis que nos enfants sont cueillis par grappes
de porte en porte par un invisible charmeur de rats

sont épiés par un exhibitionniste
après l’école dans le bois non loin de là

se massent dans la rue pour regarder la seule télé
par la fenêtre de la voisine

nos immigrants modèles plaquent d’argent les fenêtres
en y accrochant de la dentelle aux fuseaux

dans nos villes de croisements et de carrefours
notre soleil clive tous les axes spatiotemporels

la transition d’un endroit à l’autre
n’est pas plus compliquée

que de jeter un pont sur les voies ferrées

à condition que nous sachions capter
la lumière des deux côtés de nos visages étranges

4.

nous vivons dans des maisons qui s’étendent comme des baignoires tout est porteur de sens et fait partie d’une histoire

tandis que père et mère sont les derniers à voleter à travers la maison

notre fils est appuyé au mur comme un fier Kazakh en carton-pâte
la nuit les fleurs fleurissent comme des jeunes filles par les fenêtres

tout est à hauteur d’yeux ou juste en-dessous

nous avons un ange qui se penche sur nous
une femme qui dit je te montrerai comment meurent nos femmes

veux-tu que nous déplacions le pont ?
traduit ainsi notre escaut ressemble à un escargot

tandis que nos poètes font des grimaces tourmentées
nos camionneurs cultivent des patates sur le tarmac

nous envoyons aux nôtres des photos
des papillons sur le capot

5.

cessant de tourner tels des ours en cage nous vivons dans des bateaux
comme en Sibérie sur de grandes chaudières

d’autres façons dont nous savons nous tenir chauds
deux éléments chauffants devant et derrière la jupe de maman

père et mère se rapprochent, se mettent devant le poêle, soulèvent leurs habits et se montrent leurs bas-ventres dénudés

notre capitaine reste en haut et regarde les moutons d’un air déçu
il est incapable dans cet ordre-là d’aimer – de tuer – de manger

nos matelots chantent jusqu’à l’aube
sur de petites mobylettes ils gravissent par mégarde une colline

après quoi la roue avant de leur véhicule
continue de tourner toute seule dans le vide

tombés par terre ils regardent les étoiles
pensant à la prochaine bouteille de bière au frigo

nos peintres partent d’une idée pour ensuite
s’abandonner dociles aux exigences de la gravité

de distinguer la vase de la boue
de soulever des navires à l’aide d’ascenseurs

6.

tu veux savoir où nous habitons
nous habitons dans sur près et par-dessus la Meuse

tu veux savoir où nous nageons
nous nageons sur les collines avec nos amis

il fut un temps où nous n’avions pas encore honte
d’être pauvres

il y avait trois sortes de confitures sur la table
prune groseille et rhubarbe toutes faites maison

père était une voix
qui parlait dans tous nos livres

7.

à nos pieds il y a l’eau
et au pied de l’eau il y a la voie ferrée
et au pied de la voie ferrée il y a la centrale nucléaire
et au pied de la centrale nucléaire il y a les gros tas de papier qui attendent

qu’on vienne les ramasser

soudain il nous paraît nécessaire de déterminer le moment
où un pissenlit se transforme

en une boule duveteuse
existe-t-il une phase intermédiaire

nous avons tous le don
de nous rassembler

nos enfants se tiennent debout

mais il n’y a pas de quoi se réjouir
ils doivent se cacher dans le prochain virage

et montrent les dents à tort et à travers
le matin et le soir nous jouons quelques accords sur une
guitare déglinguée

nous faisons savoir que nous sommes là
et aussi que nous sommes en train de disparaître

8.

nous sommes allés partout
et nous avons décidé que nous ne pouvons rester nulle part ailleurs

c’est ici que nous enfonçons nos racines dans le sol

oui nous voulons rester

comme les pavots rouges et sanguinolents et frivoles et pleins de subterfuges
comme le pêcheur qui garde l’appât dans sa bouche pendant des années
notre jeunesse se repaît au carré du carré et de la bière
dans un bol de lait

intouchée est la parole que nous continuons de désirer

nous intercédons entre la vallée
et la façon de s’en échapper
ignorants des frontières

de notre royaume chimérique


Traduction de Kim Andringa.

 © Guy Kokken

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