Les
PoèmEs

de Mustafa Kör, Poète de Belgique de 2022 à 2024. 

sur tes routes tantôt déchirées

tantôt semées de pavés ricanants

je me suis lancé, tout bêtement comme le sang qui circule

je voulais déterrer les trésors de ta glaise

mais ne sachant où les trouver, j’ai pris la mer

hissé les voiles et vogué vers des horizons délaissés

le fameux bâton des ancêtres, taillé dans un

arbre glorieux, m’a montré le chemin quand je m’égarais

pendant que fébrilement je vous cherchais, il m’a parlé

son langage était antédiluvien

un frissonnement montant du ventre de la terre

nous a traversés lorsque nous avons compris tous les deux

qu’il importait peu que nous parlions la langue de l’autre

et dès que nous l’avons su, est venu l’adieu rédempteur

de ceux qui n’avaient pas aimé qu’avec les yeux



Traduction :  Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

 

Ce sont des promesses que tu espères décrocher

sous abri comme ruches bourdonnantes

Un coup d’œil a suffi il t’en fallait plus

pour vivre

 

Zigzaguant, longeant les échines, tu cueilles
aux rayons bien gorgés ci et là quelques fruits

Chaque fois que tu en touches un, corps et âme

tout s’illumine

 

Sous l’emprise d’une grande clarté tu chasses

depuis en territoire conquis. Le butin escompté,

feuilles d’or et lucidité

 

Sous cette charpente reposent d’éternelles merveilles

à portée de main, comme des bonbons. Cela, tu l’as senti

d’emblée. Depuis les jupes maternelles

tu as levé les yeux et ton Big-Bang s’est accompli



Traduction : Danielle Losman, avec Katelijne De Vuyst et Pierre Geron

 

une mer d’acier nous séparait

échoué d’un autre bord

sur ce rivage hostile je vous ai trouvé

 

les vagues vous lavent, préparent la levée du corps

vous délivrent en votre grande solitude

 

la solitude appartient au créateur

est-ce pour ça que j’incline la tête et exhume

des prières pour votre passage

 

si l’on vous oublie, je me demande

une telle mort, sera-t-elle notre destin

ou aurons-nous miséricorde

 

votre dernier soupir

la houle qui m’a porté vers vous

 

à peine ai-je frôlé votre rivage que

je rejoignais la tempête qui n’apportait plus rien

que des vers tardifs dans le silence que vous nous laissiez



Traduction : Danielle Losman, avec Katelijne De Vuyst et Pierre Geron

Ce n’est pas un adieu

C’est-à-dire pour qui aime

Avec son corps



Traduction : Pierre Geron

Tu te réveilles et tu vois un monde déchiré
Aussitôt tu deviens une grande personne
Qui doit retenir ses larmes pour des parents

 

Tu veux bercer la terre la rendormir
Dire que tout s’arrangera
Comme le promettaient les affiches sur tes murs

 

L’enfance c’était attendre et subir
Mais aujourd’hui tu as le premier choix
Dans la sélection d’un avenir

 

Tiré du bac à balles que je t’ai apporté
Pour qu’un moment encore tu restes un simple enfant
Inventeur du rire généreux



Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

 

tuessibellesibelle oh tu es si belle tu es la plus bellet
u as des yeux à s’y perdre de si beaux yeux je nai ja
mais ils brillent de mille feux et tes lèvres leur mervei
lleuseforme sublime roseprofond lèvreslumineuses v
raiment uniques qui invitent aux baisers et tes mains
et tes doigts dieu comme tracés au pinceau gracieux
et fuselés comme des vignes au soleil àsaluer avecr
évérence ton rire désarmant rire éclatant qui chasse
les soucis et invite à rester près detoi àte rejoindrese
montrergénéreux commetoi latendre laplustendredou
ce et bellebellepersonne adorée depuistoujours jet
aime

Ik ben een vreemd kind dat

aangespoeld uit alle windstreken

spreekt in het abc van de sjamaan

Grens noch vlag zijn mij vreemd

ik ken de uithoeken van Morgen en Avond

waar ik kom ontsluiten zich oren en ogen

Ik klap Sevillanas oreer spoken words

en zing liedjes die je wilt begrijpen

eens je er echt naar luistert

Maar mijn accent mi! là. si. da. non, bro

verzette het ان شاء الله maar zoveel bakens

als het raaskallende monden kon snoeren

Ach ik ben maar een vreemd kind

met een vreemde taal die ik moet gebaren en

seinen in rookpluimen om gehoord te worden

Mij was geleerd dat elke taal een mens is

en hoe meer talen je spreekt

des te meer mens je wordt



Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Il faut du courage pour encore être un arbre

Même toi tu l’admettras

 

Ton destin a beau être devenu bourgeonnant chagrin

Tu caresses encore l’espoir d’une éclosion ancestrale

 

Le chant du cygne des noirs

Seul avec mon ombre qui s’allonge et s’amenuise

où jadis se réfugia un monde

de légionnaires et de jeunes vandales

 

Quel sera votre sort

entre montagnes de béton

sans oiseau ni loup

 

Je suis un vieil arbre

dont les jours sont comptés

Je tremble encore un instant

 

Avant de partir

je sème à tout vent mon courage

telle une prière sur la verte terre de Dieu



Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Elles ont cédé aux puits

les plus profonds

leurs maris et leurs fils

Fouiller au cœur de l’obscurité

où gisent de préhistoriques colosses

Y descendre, c’est une chose

en ressortir sain et sauf, c’est autre chose

Appel ou chant des sirènes

Quelque chose les a ensorcelés

L’or de la terre reposerait là enclavé

dans la pierre et l’infinie poussière

Ils y taillaient leur pain noir pour finir

toussant saignant s’effritant

Mais un cœur de femme le sait bien

Pour celles qui ont donné la vie

rien n’est pire que d’attendre

Dans le monde ouvrier on accouche

des héros du pain quotidien car quelqu’un

doit braver l’obscurité et le danger

Entre des mains et des poumons meurtris

ils ramènent chez eux leur lumière

pour en inonder la table où l’on mange



Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

 

Au revoir
Ceci est un adieu d’amertume
Un voyageur est bien obligé d’être en chemin
Sain et sauf
Allant et venant entre
Bien aimés
Une ville bourdonnante


Bonne. Route
Bon vent. Vers où ?
Ceci n’est pas un voyage, pas pour mon espèce
Spastique, mongole, sénile


Les obstacles, on les franchit lorsqu’ils se présentent
Qu’en est-il des dos d’âne ? Et des pieds de plomb ?


La quête quotidienne sur les rails et l’asphalte
Arbitraire rageur face auquel nul seigneur ne se lève
mais s’incline comme il se doit


Le calvaire du voyageur d’un jour
L’itinéraire des paralytiques et des aveugles


Je ne craindrai plus rien
si tout le monde s’énerve de notre attitude vis-à-vis
des infirmes et les arrêts dans les salles d’attente et les gares


Valides ou estropiés
Pourquoi partir, si d’office, nous nous échouerons ?
S’échouer. Se planter. S’enliser
Suffit de quelques pouces d’eau
Nous voulons la mer



Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

 

Pour cet adieu prématuré
tout sonne faux
chant du coq, choeurs d’enfants, mon coeur battant

 

Tu avais une fenêtre
qui donnait sur les toits
et les champs d’un village de Flandre
par temps clair les crêtes de la capitale

 

Tu voulais exister
as pendu ton manteau dans un lieu lointain
inconnu de tous

 

Quelle importance alors
que règne la paix
ou que la récolte soit bonne

 

Souvenirs de
tout y porte le parfum d’une
chose fleurie avec l’automne dedans

 

Les chats des rues
la fille d’en face
chacun connaît ton nom
et l’histoire de ton cri devenu soupir
tu es ici
frère, ami, voisin, enfant de tous

 

Telle des feuilles tombées en mai
ton odeur descend sur villages et champs
prématurément



Traduction: Pierre Geron en collaboration avec Katelijne De Vuyst et Danielle Losman

 

levez la tête hors de cette heure sombre
bientôt notre voie sera libre et notre pas à nouveau léger
entretemps nous parcourons des lieux où nous revigorent
des pains épargnés d’autres bouches

 

à présent nous allons nous
offrir des mots sans les posséder
des mots vifs lestes qui nous
des pensées aérées éclairées qui vous
font ployer pour ouvrir avec des vers
encore plus droits plus baroques les coeurs
les pièces et les frontières où nous rêvassons jusqu’au moment où
le mortel se décompose et allant
vers vous adopte une voix lavée

 

levez la tête
monarques et suiveurs ne pèsent pas lourd

nous sommes déjà la terre vers laquelle nous partons
nous saurons domestiquer aussi cette nouvelle vie
car nous sommes des paysans patients
qui se récoltent sillon après sillon



Traduction: Pierre Geron en collaboration avec Katelijne De Vuyst et Danielle Losman

 

© Bert Potvliege

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